Les Serial Piqueuses

Les aventures de Falbala & Fanfreluche
Papotage

La robe « approximative »

Nos plaisanteries portent souvent sur notre façon d’appréhender la couture et nos méthodes de travail. Des serial piqueuses, je suis affectueusement cataloguée, et je l’assume pleinement, de « cartésienne », celle pour laquelle le patron est un objet sacro-saint et toute modification doit répondre à certains critères bien établis et s’ajuster parfaitement. Je vous renvoie à cet égard à l’excellent article de Tasticottine dont nous vous avons déjà parlé, qui fait la distinction entre les artistes et la NASA (NASA = cartésiennes dans notre private jargon). Les artistes quant à elles sont plus approximatives, ne s’embarrassent pas de tracés parfaits, et altèrent leur patron sans état d’âme et au petit bonheur la chance.

Je fais donc partie de ces cartésiennes qui s’accrochent à leur patron comme à des certitudes et vérités absolues… On ne se refait pas ! Bon les derniers temps, j’ai un peu « joué » avec mon patron de base de la robe en maille pour faire des petites variantes. Mais chaque modification était relativement limitée, vérifiée x fois et bien ajustée sur le patron… C’est un projet un peu bancal (dans sa conception et réalisation) qui m’a fait basculer et perdre toute notion de cartésianisme !!

J’avais envie depuis pas mal de temps de faire des découpes dans des modèles en jersey, soit un sweat soit une robe. Ou dixit la Prof le genre de plan galère !! L’une des robes qui me titille depuis longtemps est la robe Zircon de Paprika patterns que je finirai bien par faire (ou interpréter) un de ces jours.. Récemment en feuilletant mes revues, je suis tombée sur un modèle « parfait  » de robe en jersey avec découpes princesse ! Robe n°10 de la revue Elena couture (n° 78) (sans les poches et sans le col). Je ne vous ai pas mis les photos parce qu’on ne voit pas bien le détail des robes.. J’avais envisagé dans un premier temps utiliser mon patron de base. Mais là, il s’agissait d’altérations plus importantes à apporter. Ne sachant pas comment reporter les découpes princesses et au risque de déstructurer le patron de base, j’ai préféré utiliser le patron de la revue. Pour compliquer un peu plus la tâche, j’ai utilisé deux tissus différents, un jersey camouflage assez ferme et un jersey de viscose rouge très, mais très fluide. Oui c’était les prémisses de la vague rouge..  Et oui des signaux lumineux et autres alertes ont clignoté dans ma tête, mais je suis aussi têtue que cartésienne, quand je veux quelque chose, je vais jusqu’au bout (enfin la plupart du temps).

Comme on pouvait s’y attendre « raisonnablement », le montage de cette robe s’est avéré désastreux : le patron taillait beaucoup trop grand, l’emmanchure était trop longue et profonde, et la combinaison des tissus rendait l’opération encore plus hideuse. On voit bien sur les photos que le jersey rouge vient se coller sur les hanches.. La Prof a fait des retouches en se basant sur mon patron de base de la robe en maille et a « bricolé » mon patron devant mes yeux ébahis.. J’avais des tracés à main levée et des pointillés un peu partout sur les tissus et sur mes patrons. Montée d’angoisse, est-ce que tout ça va coller ? Réponse de la Prof, de nature à accélérer mes palpitations, question longueur faudra quand même raccourcir parce qu’il n’y a pas assez pour la découpe princesse (comme on peut le voir aussi sur les photos).. Le modèle initial était de toute façon trop long pour mon 1,60 m. Encore un mauvais détail pour cette revue, les tailles des mannequins ne sont pas données. Sur le photos, la poupette porte la robe à mi-cuisse et moi elle arrivait sous les genoux.. Bon profession mannequin ça ne s’improvise pas et ce n’est pas à la portée de tous!!

J’ai débâti la robe et retaillé tant bien que mal mes pièces de tissus suivant les nouveaux tracés. Pour avoir un bel arrondi et éviter les accidents de surjeteuse, j’ai cousu à la machine à coudre (en apnée) les découpes princesse du moins sur le devant. Le résultat global de la robe n’était toujours pas génial, essentiellement à cause des deux tissus qui ne s’aimaient vraiment pas. La Prof a posé à nouveau ses épingles magiques mais je n’étais toujours pas convaincue et le projet a sommeillé pendant un certain temps.

Lors d’une visite shopping à Freiburg (Allemagne), je suis tombée sur le magasin de tissus Stoffgalerie bien achalandé en jersey. J’ouvre une petite parenthèse ici, lors de mes précédentes virées dans cette ville, j’ai dénombré trois magasins de tissus: un rayon dans le Karstadt qui se trouve sur l’axe principal (le long du tram), la Stoffegalerie et une autre boutique, Garçonne, qui a des tissus magnifiques mais d’une gamme de prix beaucoup plus élevés. Les deux boutiques ont des sites mais on ne peut rien y acheter. Comme j’avais toujours en tête ce projet de robe, j’ai acheté, au petit bonheur la chance, un morceau de jersey rouge uni. Je n’avais aucun échantillon ni de couleur ni de texture. J’ai eu de la chance mes deux nouveaux tissus se sont avérés nettement plus compatibles. Avant de reprendre le projet, j’ai lavé le jersey rouge qui a pas mal déteint au lavage, ce qui m’a un peu rebuté..

Ce week-end, j’ai ressorti ma robe et entrepris de défaire toutes les coutures des découpes princesse. Une fois ce travail très laborieux effectué, j’ai ressorti mon patron retouché et là, catastrophe je n’ai retrouvé que la partie devant de la découpe princesse, bricolée par la Prof. L’entêtement a pris le pas sur le cartésianisme, j’ai récupéré dans la poubelle la partie dos de la découpe princesse et j’en ai redessiné le patron. En la posant bien à plat, sans l’étirer, et en me répétant les paroles de la Prof : c’est de la maille, ça tolère les « petits » écarts, on respire !! J’ai ensuite coupé mon jersey rouge, tout en étant obsédée par le risque de dégorgement sur le camouflage.

Et là j’ai eu un déclic, je me suis dit perdu pour perdu, autant aller jusqu’au bout, faire une « pièce d’étude » et advienne que pourra. Ah du coup ça déstresse considérablement !! J’en ai oublié tous mes réflexes cartésiens.. J’ai cousu toutes les découpes à la surjeteuse en un rien de temps et ce n’était même pas de traviole.. J’ai coupé les manches sur la base de mon patron de base dans ce qui me restait du camouflage et je les ai montées. J’ai ensuite installé la robe sur le dos de Falbala pour l’ourlet. J’avais là différentes longueurs entre la robe et les découpes elles-mêmes (c’est dire s’il y a eu de petits « écarts » de patronage).

J’ai quand même passé un certain temps assise par terre à tourner autour de ma Falbala dans tous les sens et à épingler. L’ourlet est un peu approximatif, comme la robe, mais ça a l’air à peu près régulier. L’encolure m’a donné du fil à retordre. Du fait que la couture d’épaule avait été remontée, l’encolure aussi du même coup. J’ai recoupé directement sur la robe (même pas peur ! Normal c’était pour une pièce d’étude..). Bon j’ai quand même plié l’encolure au milieu et coupé les deux côtés en même temps histoire d’avoir une symétrie dans l’approximation… J’ai lavé et relavé la robe avec des lingettes anti-dégorgement. Au deuxième lavage, il y avait moins de rouge sur les lingettes..

Des défauts persistent c’est sûr notamment au niveau de l’emmanchure (un peu trop de bricolage entre différents patrons) mais au moins je suis parvenue à un résultat acceptable. Maintenant il n’y a plus qu’a réécrire le patron « correctement » pour les éventuelles prochaines fois. Ben oui c’est bien les pièces d’études mais on ne reste pas moins cartésienne…

Allez bon week-end à toutes les couturières!!

Nathalie et Falbala

32 Comment

    1. Merci beaucoup!! Oui j’espère faire de belles trouvailles chez les Hollandais dimanche.. J’ai déjà fait ma petite liste.. Ce qui portera l’ensemble des projets à … 2025 et des brouettes!! Bon c’est une estimation à la louche, faudrait réellement que je compte les tissus et que j’estime le nombre de projets pour pouvoir fixer la date butoir…

    1. Merci beaucoup mais le patron n’est pas .. disons adapté à ma morphologie ou alors il aurait fallu que je prenne une taille en dessous. Mais j’ai suivi les indications des mensurations. Donc c’est parfois mieux de partir sur une base qui va et apprendre ensuite à la modifier comme bon nous semble.. J’en suis encore loin..

  1. Eh bien voilà ! comment le lacher-prise permet d’arriver à un résultat  » waouw » !
    Bravo pour l’évolution mentale : personne n’a vu la différence !

    1. ça c’est un super compliment !! Merciiii!! Oui je sais je suis toujours trop tendue mais je fais des efforts, la preuve… Bon je ne dis pas que le lâcher prise se fait sans douleur et sans des nœuds dans l’estomac avec une petite voix qui répète: mais qu’est-ce que tu fabriques là? ça manque de précision tout ça.. J’ai entendu dans ma tête tout le temps du montage de cette robe: mais qu’est-ce que c’est moche!!! Faut arriver à répondre: m’en fiche!! Dur la vie d’une cartésienne..

    1. Ah ah!! c’est peut-être parce que c’est une robe de poupette qu’elle m’a déstabilisée.. Martine a dit aussi que ça faisait très « fille »… Mais je commence à m’y faire.

  2. Je ne connaissais pas la dénomination artiste/Nasa, je fais comme toi partie de celles qui ont beaucoup de mal à s’écarter d’un patron, et n’en suis que plus admirative devant le travail d’adaptation effectué!

    1. Je te conseille vivement la lecture de l’article de Tasticotine! c’est édifiant et plein d’humour. Pour moi ce sont vraiment les questions essentielles qui se posent pour la couture.. Et c’est valable dans toutes les disciplines. Ca change un peu de ces sites où tout n’est question que des derniers patrons sortis, des styles tendance etc…

  3. J’adore. Ce rouge avec ce tissu cam … Ce qui est extraordinaire dans cette robe, c’est que personne n’aurait jamais pensé à associer ces deux tissus alors qu’ils fonctionnent parfaitement bien ! Bref, une « étude en cam et rouge » très réussie !

    1. Merci!!! Je trouve que c’est sympa d’associer des tissus, et là ça allège un peu le camouflage.. Bon je suis toujours aussi fan du camouflage et hier au marché des Hollandais j’en ai fait une razzia, y avait vraiment des tissus qui sortaient un peu de l' »ordinaire » militaire!

  4. Une super robe qui fait un effet boeuf tellement elle te va bien!!
    Bon, les petites imperfections ne se voient pas et comme on ne se balade pas les bras en l’air, il n’y a que toi qui le sais!!!

    1. Merci pour l’effet boeuf!!! Non je ne vais poser pour une pub de déo avec les bras en l’air.. Mais tu sais ce que c’est, quand il y a des défauts on ne voit plus que ça même s’ils passent! Pour ma tranquillité d’esprit (quand même!), je pense refaire ce modèle mais cette fois à partir du patron de base remanié pour que toutes les pièces du patron s’emboitent bien….

  5. Déjà un grand bravo, pour ne pas avoir lâché le morceau et avoir fini par t’en sortir avec cette robe, qui désormais n’attend plus que des petites soeurs !
    Ensuite, je ne suis personnellement pas fan du rendu, mais c’est juste mon avis !

  6. Mais tous les avis sont les bienvenus!! On est toujours dans un pays libre que je sache… Il en faut pour tous les goûts et les critiques constructives permettent souvent de rectifier certains problèmes qu’on n’arrive pas à identifier! On verra ce que tu penseras d’une prochaine version un peu mieux patronnée et peut être avec des tissus différents!!

  7. Félicitations pour être sortie de ta zone de confort. Ce rouge plein de peps apporte beaucoup à ta robe. Il la rend plus légère et virevoltante c’est une très bonne idée.
    Imperfection? Rien vu nulle part! Elle est top

    1. Oh merci beaucoup.. Oui j’avoue que je suis hors de ma zone de confort aussi bien pour ce qui a été du montage que pour la forme elle-même de cette robe.. Oh si, y a des impefections et j’ai pas mal galéré avec les ourlets. J’avais notamment plus assez de marge de couture pour l’encolure, donc l’envers est un peu cafouilleux mais ça y a que moi qui le savais!! Mais elle reste très confortable à porter!

  8. Malgré toutes ces difficultés, ta robe est très sympa. J’aime beaucoup l’association uni rouge et camouflage. Tout comme toi, quand je commence à galérer sur un projet, je lâche prise en me disant que c’est une toile (portable ou pas…). Bravo.

    1. oui la notion de pièce d’étude ou de toile permet de se rassurer. On peut toujours se dire qu’on fait un essai et qu’on fera mieux la prochaine fois, une fois la toile montée.. J’aime aussi de plus en plus l’association du kaki camouflage et du rouge. C’est vrai que le rouge dynamise un peu ce genre de tissu et atténue le côté militaire..

  9. Bonjour,
    C’ est terrible quand on essaie un nouveau patron, on ne sait pas où on va ! quand on peut faire une toile, ça donne une idée (mais je n’ai pas de vieux draps en jersey …) quoi qu’il en soit Bravo, beau projet sur mesure, top ! et l’assemblage des deux tissus est très « moderne ».

    1. Merci beaucoup Isabelle.. Au pire si elle avait été complètement ratée, elle aurait été ma toile pour une prochaine réalisation.. C’est vrai qu’on n’aime pas vraiment sacrifier du jersey pour faire des toiles..

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