Souleiado: les indiennes provençales

# Musée Souleiado à Tarascon indiennes provençales

Le musée Souleiado (ensoleillade, oui faut bien dire que ça fait rêver après ce début d’été pourri!) est situé à Tarascon. C’est un charmant hôtel particulier d’Aiminy, au décor typiquement provençal.

Malheureusement il n’y avait personne à la réception lorsque nous sommes arrivés, donc pas de possibilité de visite guidée. En contrepartie il n’y avait personne dans le musée ce qui était top pour fureter et prendre des photos. Les pièces exposées sont dépourvues de toute explication sur l’origine ou la date de fabrication. Et bien sûr aucune brochure, aucun ouvrage actuellement disponible au musée, à l’office du tourisme ou dans la librairie spécialisée attenant à l’office du tourisme. Il y avait bien quelques plaques de tissu encadrées partout dans le musée mais rien non plus en guise d’explication.

J’ai fait quelques recherches sur le net sur l’histoire des indiennes et des indiennes provençales (ou tissus provençaux). Il y a également une émission très intéressante à podcaster sur France culture sur les indiennes. Donc vous allez voir une série de tenues sans véritable explication, avec une petite salle dédiée aux tenues provençales classiques, et ensuite une série de pièces plus récentes ou contemporaines, à la mise en scène plaisante et rafraichissante. J’ai tout particulièrement aimé le ballet des jupes provençales suspendues, ballotant au gré du vent.. La seule chose dont je peux un peu parler est l’importance des indiennes, notamment dans la région, qui a conduit aux tissus provençaux.

La Provence a été un lieu de passage et de transit des importations massives d’indiennes au XVIIe siècle et a, au fil des contraintes économiques et de l’histoire, développé son propre savoir-faire de fabrication des « toiles peintes » qui sont nos tissus provençaux.

Les développements historiques de l’importation et de la fabrication de ces tissus ne sont pas sans rappeler l’impact de l’économie mondiale actuelle sur la qualité des tissus, comme quoi l’histoire se répète. Il faut également se méfier de l’origine douteuse de certains tissus provençaux, généralement bon marché, présents sur la plupart des marchés provençaux. Il existe très peu de fabriques locales, Souleiado et Olivades sont les dernières et leurs produits restent assez onéreux.

Les indiennes, considérés généralement comme des tissus exotiques colorés en provenance d’Asie (dont l’Inde bien évidemment), sont des toiles de coton, dotées d’une armure pure et plane afin de faciliter l’impression de motifs colorés et d’assurer leur qualité. La qualité de l’impression se fait grâce à deux techniques: le mordançage qui est la technique de fixation des couleurs (provenant de la garance pour le rouge et de l’indigo pour le bleu) et permet l’impression des couleurs au cœur de la fibre de coton, et la technique de réserve (proche du batik) qui permet d’éviter que certaines couleurs n’imprègnent tout le tissu.

La découverte des indiennes et autres tissus importés d’Inde comme la soie, la mousseline, est une révolution dans le monde du textile européen. En France, l’industrie du coton est pratiquement inexistante au profit de la soie, de la laine, du chanvre et du lin. Ces indiennes sont d’excellente qualité, les impressions sont colorées et vives et elles sont faciles d’entretien, faciles à laver. L’importation et la consommation des indiennes est massive au XVIIe siècle.

Au milieu du XVIIe siècle du fait de la pénurie d’indiennes et de leur lourde taxation, le développement des indiennes locales se développe à Marseille grâce aux connaissances des cartiers qui sont des fabricants de cartes à jouer, et des graveurs sur bois.

# Musée Souleiado à Tarascon indiennes provençales

La production française reste médiocre, axée sur la rentabilité plutôt que sur la qualité. Les tissus ne sont pas d’assez bonne qualité pour que les impressions durent dans le temps. Cette production est destinée aux gens de condition modeste qui ne peuvent acquérir les véritables indiennes importées.

Marseille bénéficie alors d’un statut de zone et port francs, exempté de fiscalité. La ville a recours à des artisans arméniens qui ont appris des Indiens les techniques de préparation des tissus et d’application des teintures. Ceci va permettre d’améliorer la production et la qualité des indiennes locales.

# Musée Souleiado à Tarascon indiennes provençales

Cette déferlante dans l’importation des indiennes va entrainer une polémique en Europe et en France entre les tenants de la prohibition et ceux de la liberté du commerce. Ceci s’explique par plusieurs facteurs. Avec le succès des indiennes importées, les manufactures françaises de soie et de lin déclinent. Les techniques de fabrication des indiennes ne sont pas maitrisées en France donc les manufactures françaises ne peuvent rivaliser avec les produits importés.

En outre la qualité des tissus indiens est largement supérieure et le coût de l’importation inférieur aux produits nationaux. Tout cela entraine une concurrence « déloyale » qui va aboutir à une prohibition de l’importation mais aussi de la fabrication sur place et de l’usage des indiennes en France en 1686. Bon nombre de pays européens interdiront également le commerce et la fabrication des indiennes.

En 1703, la ville de Marseille est néanmoins autorisée à nouveau user, fabriquer et commercialiser des indiennes. La prohibition des indiennes (importée ou manufacturée sur place) ne sera levée qu’en 1759 sur tout le territoire. Avec la fin de la prohibition, des fabriques de « toiles peintes » vont proliférer sur tout le territoire de la France, avec une nette prédominance du marché provençal, mais elles vont disparaître rapidement du fait du manque de manque de matières première, de main d’œuvre qualifiée et d’argent.

L’origine de Souleiado est la manufacture d’indiennes Jourdan, créée en 1806. Elle est la dernière manufacture à Tarascon au début du XXe siècle. Charles-Henri Demery va lui redonner vie en 1916.

La marque Souleiado est créée en 1939 et s’accompagne d’une ligne de vêtements et d’accessoires dont des sacs, qui permet de moderniser et mettre au goût du jour les indiennes provençales. On s’éloigne ainsi des tenues traditionnelles et du cliché des nappes à grandes fleurs. Les premières boutiques vont s’ouvrir et connaître leur apogée jusqu’en 1986. Souleiado devient ainsi une marque de luxe. Elle est rachetée en 2009 et compte désormais une vingtaine de boutiques grâce à son patrimoine d’archives de tissus et de dessins.

En face du musée, un grand magasin d’usine Souleiado présente sa collection de vêtements, quelques rouleaux de tissus et une grand nombres de pièces provenant de la Ciergerie des Prémontés.

La visite s’est achevée sur le château de Tarascon, passage obligé. Une petite vue de l’extérieur de cette forteresse particulièrement bien conservée.

J’espère que ce ballet de couleurs, de ciel bleu et d’ensolleillade vous aura plu autant qu’à moi..

 

Edito du 22 juillet:

Des vues intérieures du château spécialement pour Céline (Happy family). Cette fois ci je n’ai pas eu le temps de visiter l’intérieur du château mais je l’avais visité il y a quelques années. J’ai retrouvé quelques photos d’archives. J’ai également acheté un bouquin récent qui montre que la salle des festins est désormais ornée d’un splendide tapis dessiné par Christian Lacroix. C’est superbe..

La Cour d’honneur à l’intérieur est splendide

# Château de Tarascon

Nathalie

Comments

  1. Merci pour le partage !
    J’ai appris plein de choses grâce à ton article. Les robes et les jupes en photo sont également magnifiques !
    Et en grande amatrice de château ;), les 2 dernières photos ne peuvent que me plaire ! L’intérieur est aussi joli que l’extérieur ?
    Pour ma part, pas de visite de château pendant ces vacances et cela m’a manqué ! 😉

    1. Merci!!! Le château est également splendide à l’intérieur. Je t’ai rajouté quelques photos tirées de mes archives. Les pièces sont vastes et certaines sont encore ornées de plafond en bois polychromé. J’espère que tu arriveras à mettre au programme de nouveaux châteaux très bientôt!!

      1. Ce château est bien conservé ! J’adore les boiseries du plafond !
        Merci pour les photos ! Cela m’a fait plaisir !
        Là où nous sommes allés en vacances, pas de château (à ma connaissance…), mais les paysages étaient magnifiques.
        Peut-être pour notre prochaine destination en 2022 ! 😉

        1. Je suis toujours ravie de faire plaisir à une autre fan des châteaux!!! Il y a de très beaux châteaux dans cette région, j’en ai visité pas mal… Il y en a un notamment qui manque à l’appel c’est la forteresse de Mornas (http://www.forteresse-de-mornas.com/). Chaque fois que nous allons dans le sud, nous passons sous les remparts et je la regarde avec envie.. J’espère que lors de nos prochaines virées dans le coin, nous aurons enfin le temps d’y aller..

  2. Quels beaux tissus plus beaux les uns que les autres. J’ai un gros faible pour la robe boutonnée devant…
    Merci pour cette découverte

    1. Oui je dois dire que ce petit musée a été une belle découverte. Les tenues sont vraiment belles.. Moi j’ai eu un gros faible pour la robe boutonnée sur le coté, sans parler de toutes ces jolies jupettes!!

  3. Oh ! Quelle belle surprise ! Je viens tout juste de découvrir ton article ! Que de merveilles ! Tu nous révèles une facette totalement inconnue des tissus provençaux – en tout cas pour moi. Oui, je sais, je ne suis pas seulement ignare en culture cinématographique. C’est passionnant et un ravissement pour les yeux. Merci pour cette belle visite.

    1. J’ai moi-même découvert ces tissus provençaux sous un autre regard!! ça change des clichés habituels!! Et merci à Pierre, un local pur et dur, qui m’a dit si tu veux voir des tissus provençaux, c’est Souleiado.. J’aurais aimé avoir plus de temps libre pour faire d’autres musées et j’espère que tu vas t’en donner à cœur joie!!

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